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Reaper Man

Roman de Terry Pratchett, traduit en français sous le titre «  Le Faucheur  »

jeudi 15 mars 2007, par Nicolas

Ce roman se passe sur le Disque-Monde, créé par Pratchett, dans lequel la Mort est un personnage à part entière. Son rôle n’est cependant pas de tuer, mais de détacher l’âme du corps à la mort, c’est-à-dire de faire en sorte que les morts le soient bien.

Résumé

Les Contrôleurs de la Réalité, qui s’assurent que tout tourne comme il faut dans l’univers (la gravité fait son action, les réactions chimiques se produisent, ...), décident que la Mort du Disque-Monde est devenu [1] trop « humain », trop sentimental dans son travail, et doit donc être remplacé.

Ainsi mis à la retraite, la Mort se retrouve dans un petit village agricole où il va devenir assistant d’une fermière. À mesure que le temps passe, il devient de plus en plus humain, allant jusqu’à rêver pour la première fois de son existence. Il va par ailleurs comprendre, de façon autrement qu’intellectuelle, ce que « mortel » veut dire.

Pendant ce temps, les créatures vivantes ont adopté une nouvelle personnification de la Mort, à l’exception des humains. Ceux-ci ont en effet une imagination bien trop complexe, ils sont bien trop disparates pour si facilement modifier leur image de la Mort. Conséquence, les humains ne parviennent plus à mourir correctement, et leur force vitale commence à perturber le monde.

Critique

Ce roman est le deuxième de la série du Disque-Monde centré sur la Mort, après « Mort » (« Mortimer » en français). Il est très intéressant pour l’évolution marquée du caractère de la Mort.

Dans les premiers romans du Disque-Monde, il semble ne pas connaître de sentiments, voire être cruel (ainsi il stoppe le cœur de quelqu’un dans le premier roman, élimine un essaim d’abeilles, etc.). Déjà dans « Mort » il essaye de connaître les émotions humaines, se saoûlant, faisant la fête, pêchant, et interviendra auprès des Dieux pour changer l’Histoire.

C’est dans ce roman que la Mort prend, me semble-t-il, vraiment conscience de ce qu’est la Vie, lui qui est « né » en même temps qu’elle et existera aussi longtemps qu’elle, tout en en étant par nature distinct. Il ira d’ailleurs, ce qui peut paraître paradoxal, plaider la cause de la Vie et des humains auprès d’Azrael [2], arguant que les humains, et au-delà les êtres vivants, doivent pouvoir bénéficier de la compassion du Faucheur, qui représente la seule Réalité de l’Univers.

Au-delà, le roman est aussi une réflexion sur le sens de la Vie et la condition humaine. Les humains sont décrits comme des créatures ayant conscience de leur fin tout en faisant abstraction de cette connaissance, jouissant de la vie sans en comprendre le sens, sans même nécessairement qu’il y en ait un. Tout au long des romans du Disque-Monde, d’ailleurs, la Mort est parfaitement visible aux humains, mais leur cerveau choisit de l’ignorer [3].

Comme dans tous les romans de Pratchett, l’élément humoristique est présent, parfois de façon décalée. Ainsi la Mort, devenu fermier, se retrouve à faire la course contre une moissonneuse-batteuse mécanique pour savoir qui ira le plus vite pour faucher du blé — la Mort est un traditionnaliste qui utilise une faux, dans certains cas une épée, par opposition à d’autres Morts sur d’autres planètes qui ont industrialisé le processus. Ceci d’ailleurs rejoint le titre du livre, à la fois en anglais et en français, puisque la Mort est le Faucheur, celui qui récolte avec précaution la moisson.

Autre élément d’humour, les centres commerciaux aux périphéries des villes sont vus comme des entités vivantes parasitaires.


[1la Mort est de sexe masculin

[2sorte de personnification de l’Univers

[3la Mort explique cela en détail à Mort dans le roman éponyme